DEUXIEME PARTIE LES DEUX TOURS. Livre IV CHAPITRE PREMIER

Livre IV CHAPITRE PREMIER

L'APPRIVOISEMENT DE SMÉAGOL

Sam secoua la tête sans répondre. Il filait pensivement la corde entre ses doigts. «Comme vous voulez, Monsieur Frodon, finit-il par dire, mais je crois que la corde a dû se libérer d'elle-même quand j'ai crié» Il la roula et la rangea amoureusement dans son paquet.

«En tout cas, elle est venue, dit Frodon, et c'est le principal. Mais il nous faut à présent penser à ce que nous allons faire maintenant. La nuit sera bientôt sur nous. Que les étoiles sont belles, et la Lune! «Oui, elles, réjouissent le cœur, n'est ce pas? Dit Sam, levant les yeux. Elles sont elfiques, en quelque sorte. Et la Lune croît. On ne l'a pas vue depuis une nuit ou deux avec ce temps nuageux. Elle commence à donner vraiment de la clarté»

«Oui, dit Frodon, mais elle ne sera pas pleine avant plusieurs jours. Je ne crois pas qu'il faille tâter des marécages à la lumière d'une demi-lune»

Ils partirent pour leur étape suivante aux premières ombres de la nuit. Après un moment, Sam se retourna pour regarder le chemin par lequel ils étaient venus. L'entrée du ravin faisait une entaille noire dans l'escarpement pâle. «Je suis heureux que nous ayons la corde, dit-il. On a posé un petit problème pour ce détrousseur, en tout cas. Il peut toujours essayer de ses sales pieds clapotants sur ces saillies! »

Ils s'éloignèrent avec précaution des bords de l'escarpement, parmi un désert de galets et de pierres inégales, que la lourde pluie avait rendus humides et glissants. Le sol descendait encore assez abruptement. Ils n'avaient pas encore été bien loin qu'ils tombèrent soudain sur une grande fissure, béante et noire devant leurs pieds. Elle n'était pas large, mais tout de même impossible à franchir d'un bond dans la demi-obscurité. Ils crurent entendre gargouiller de l'eau dans les profondeurs. Elle s'infléchissait à gauche en direction du nord, vers les collines, et barrait ainsi la route de ce côté, tout au moins tant que dureraient les ténèbres.

On ferait mieux de revenir chercher un chemin au sud le long de l'escarpement, il semble, dit Sam. On pourrait trouver là un coin, ou même une grotte ou quelque chose comme ça.



Oui, je suppose que tu as raison, dit Frodon. Je suis fatigué, et je ne crois pas pouvoir continuer à jouer des pieds et des mains parmi les pierres ce soir bien que le délai ne me plaise pas. Je voudrais bien qu'il y ait un chemin libre devant nous dans ce cas, je continuerais jusqu'à ce que mes jambes me lâchent.

Ils ne trouvèrent pas le chemin plus facile au pied écroulé de l'Emyn Muil. Et Sam ne trouva pas davantage un coin ou un creux où s'abriter: il n'y avait que des pentes nues et pierreuses, dominées de façon menaçante par l'escarpement qui s'élevait encore plus haut et plus vertical comme ils revenaient. Enfin, épuisés, ils se jetèrent simplement sur le sol à l'abri d'un gros bloc de pierre, non loin du pied du précipice. Ils restèrent là quelque temps, blottis mélancoliquement l'un contre l'autre dans la nuit froide, tandis que le sommeil les envahissait doucement en dépit de tous leurs efforts pour l'écarter. La lune était à présent haute et claire. Sa mince lueur blanche éclairait la face des rochers et inondait les murs froids et menaçants de l'escarpement, muant toute la vastitude indistincte de l'obscurité en un gris pâle et glacial, strié d'ombres noires.

«Bon! Dit Frodon, se levant et serrant de plus près son manteau autour de lui. Dors un peu, Sam, et prends ma couverture. Je vais aller et venir un peu en faction» Il se raidit soudain et, se baissant, il agrippa le bras de Sam. «Qu'est ce que cela? murmura t'il. Regarde là-bas, sur l'escarpement! »



Sam regarda et aspira vivement entre ses dents. «Hhhou ! Fit-il. Ça y est. C'est ce Gollum! Par tous les serpents et vipères! Et dire que j'avais pensé qu'on le gênerait avec notre bout d'escalade! Regardez le! On croirait une sale araignée rampant sur un mur! Le long de la face d'un précipice à pic qui paraissait presque lisse au pâle clair de lune, une petite forme noire se mouvait, ses minces membres étalés. Peut-être ses mains et ses pieds mous et préhensiles trouvaient-ils des crevasses et des prises que nul hobbit n'aurait jamais vues ou utilisées, mais on aurait dit qu'elle rampait simplement sur des pattes collantes, tel quelque grand insecte rôdeur. Et elle descendait, la tête la première, comme si elle flairait son chemin. De temps à autre, elle levait lentement cette tête et la tournait tout à fait en arrière sur son long cou maigre, et les hobbits entr'apercevaient deux petites lueurs pâles, ses yeux qui clignaient un instant vers la Lune et se cachaient vite de nouveau derrière les paupières. Croyez-vous qu'il puisse nous voir? N demanda Sam.

«Je ne sais pas, dit doucement Frodon, mais je ne le pense pas. Ces manteaux d'Elfes sont difficiles à voir, même pour des yeux amis: je ne te vois pas dans l'ombre, fût-ce à quelques pas. Et j'ai entendu dire qu'il n'aime ni le Soleil ni la Lune»

«Alors pourquoi descend-il précisément ici? » Demanda Sam.

«Chut, Sam! Dit Frodon. II nous sent peut-être. Et il a l'ouïe aussi fine que les Elfes, je pense. Je crois qu'il a entendu quelque chose, maintenant: nos voix, sans doute. Nous avons probablement crié là-bas, et nous parlions beaucoup trop haut et il y a une minute encore»

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